Animateur : Thierry
Nombre de participants : 5 H
Météo : Très ensoleillée et températures élevées 1 journée complète de brume-bruine
Distance : 163 km
Dénivelé : 10302 m
Carte :  3537ET, 3637OT, 3536ET
Classement Atlas : HC
Kilomérage auto : 1000 km pour 1 véhicule + train + bus
Temps préparation et CR : 15 h

Jour 1 : Aulus les Bains – Marsoulis  – 19 km / 1300 m D+  / 1046 m D-  / 8h45 de déplacement

Nous voici de retour à Aulus deux ans après… Encore une belle distance jusqu’à Luchon et de belles grimpettes devant nous. Après une bonne nuit dans notre petit camping fétiche, nous rejoignons le GR juste après le centre thermal passé. Dès le premier mètre de chemin, ça grimpe et ça grimpera jusqu’au col d’Escots, 7 km plus loin et 1250 m de D+ plus haut. Le sentier s’élève donc d’abord dans l’épaisse forêt qui surplombe Aulus.  Une petite seconde d’inattention nous oblige à rechercher le GR quelques minutes. Drôle de début. On mettra ça sur le compte du démarrage et du poids des sacs,  environ 16 kg par marcheur: 8 petits dejs, 8 picnics et 7 dîners… La pente est raide. Heureusement, nous croisons un couple du cru qui monte également. On parle itinéraire et ours. Nous allons marcher dans la partie de l’Ariège la plus peuplée avec près de 100 individus. Le monsieur nous apprend que des effaroucheurs de l’Office français de la biodiversité pratiquent surtout l’effarouchage simple, à base de cris, coups de sifflet et cornes de brume, de lumière puissante et d’aboiements des patous. Peu d’armes utilisées dans le cadre d’effarouchage renforcé. Sur 10 ours rencontrés, deux à trois ne bougent pas. Munis de ces informations intéressantes et ayant retrouvé un second souffle d’après démarrage, nous continuons la montée à pas mesurés. Nous passons à côté de notre première cabane du séjour, la cabane de Bazets. Le sous-bois s’amincit, les fougères apparaissent, signe que les bêtes vont sortir du bois. Avant de retrouver des panoramas, nous faisons un petit détour vers la cascade du Fouillet, bien en eau. Nous approchons du verrou glaciaire et le sentier traverse le ruisseau du Fouillet en direction du col qui approche. Après la rudesse des premières pentes, la douceur d’un cheminement en balcon nous fait du bien. Quelques petits efforts encore et nous voilà arrivés sur les pelouses du col d’Escots. Il y a du vent et du soleil: parfait pour faire sécher nos tentes.

Un petit café pris au resto du col nous requinque pour l’après-midi et la longue descente qui s’annonce. Au sud, la piste qui passe à proximité monte au sud vers le cirque de Gerac et les pics voisins de Freychet et de Cerda. En quittant Guzet-Neige, dans la descente, nous commençons à deviner puis voir l’étroite vallée par-delà la crête au premier plan.

Cette vallée se ferme par le cirque de Cagateille et sa Pointe de la Hillette qui le domine. Nous avions arpenté ces chemins de la Liberté lors d’un précédent séjour dans la vallée d’Ustou toute proche. On devine bien un peu plus au SW le port et le pic de Couillac. En avançant encore un peu au NW, on se met un peu plus dans l’axe de la vallée d’Ustou et c’est alors le port de Marterat qui se dévoile. Encore une rando qu’on avait faite 😀 l’Espagne est juste derrière cette ligne de crête ! Mais concentration sur la descente plutôt que sur ces belles cimes frontières ! A notre NE, on aperçoit une belle concentration de chalets parfaitement intégrés dans les bois qui enserrent Guzet: c’est la station de Prat Mataou. Après une heure et demie de descente, nous entrons dans la vallée d’Ustou, près de St Lizier. Petite pause au camping pour se désaltérer et nous entamons la dernière partie de la rando en direction de Marsoulis, à l’ouest de notre vallée. Après deux heures de descente, il faut remettre le bleu de chauffe pour grimper vers ce hameau. Nous suivons une large piste-route qui dessert quelques belles propriétés. A partir de là, il nous faut trouver notre bivouac: à l’écart du passage, prairie suffisamment plate et cours d’eau à proximité. Il faudra pousser la rando encore un peu avant de trouver notre lieu de résidence avec ces trois critères remplis. Quelques parties de CHIPS (super jeu de voyage) et un bon repas plus loin, nous pouvons nous endormir pour une nuit réparatrice.

Jour 2 : Marsoulis – cabane de l’étang d’Areau – 20 km / 1800 m D+ / 850 m D- / 9h15 de déplacement

On s’était couché sous un temps ensoleillé la veille, on se lève sous un ciel bas, enveloppés de brume. Température en baisse, il faut pourtant y aller. Il nous faut d’abord rattraper le GR qui passe bien au-dessus de notre bivouac. Un peu de hors-piste s’impose. Une fois sur le chemin, nous rencontrons aussitôt de fortes pentes dans la forêt qui ont vite fait de nous réchauffer. Heureusement le sentier est bien tracé et la forêt de hêtres nous rappelle les nôtres. Après 600 m de grimpette en moins de 3 km nous atteignons le col de la Serre du Cot à 1546 m.

Col de la Serre du Cot

C’est le GR 10, après une montée vient de suite une descente. Celle-ci nous mène jusqu’à Couflens sur la route de Salau. Nous traversons plusieurs hameaux minuscules aux maisons ruinées mais plus bas les hameaux sont habités et les maisons restaurées ou en voie de l’être. Cheminement agréable sur un sentier pierreux pour résister aux passages. Sûr que les flancs de la montagne étaient cultivés en terrasse car quelques murets subsistent encore. L’ardoise est omniprésente: le sous-sol est fait de schistes ardoisiers. Le matériau était proche… Nous faisons une petite halte au gîte de Rouzé d’en Bas. Nous admirons le potager qui est d’une luxuriance folle. On avait oublié qu’un potager pouvait être aussi vert ! Un ruisseau bien en eau coule à deux pas, ceci expliquant cela. La ferme abrite de beaux animaux dont deux magnifiques porcs noirs qui s’ébrouent sur de belles pentes boueuses rien qu’à eux. Plus loin sur le chemin qui s’est aplani à l’approche de Couflens, un gros bœuf écossais nous barre le chemin, son compère est un peu plus bas dans un pré. La bête est pacifique et répond bien à nos “sollicitations”. Nous arrivons peu après à Couflens sur la route entre Seix et Salau. Salau et sa mine de tungstène dont l’exploitation a cessé au début des années 70 et dont on annonce aujourd’hui la remise en route après son rachat par un consortium canado-australien. Les recours sont toujours à l’instruction mais l’indépendance énergétique n’ayant pas de prix…. Ça fait mal d’imaginer cette tranquille vallée du Salat traversée par des norias de camions. Couflens et son étroite rue principale à peine parcourue, il faut recommencer à monter. Et ça ne s’arrêtera que 8 km plus loin et 1000 m plus haut. L’ascension  commence sur une petite route qui dessert quelques hameaux de fond de vallée. Nous prenons notre pause déjeuner à Raufaste et profitons d’une petite accalmie de la pluie pour essayer de faire sécher nos tentes. Un peu plus haut, à Faup, autre hameau, nous trouvons une petite boutique pour se réapprovisionner, sans surveillance et en accès libre avec la confiance du propriétaire que les randonneurs paieront bien ce qu’ils ont acheté. Petite épicerie où le GRtiste trouve tout ce dont il a besoin. La montée au col de Pause se fait sur une belle piste qui permet aux bergers / propriétaires et autres personnels des Eaux et Forêts de monter plus vite dans les estives. 2 km après le col où nous avons fait une bonne….pause, nous parvenons à notre bivouac, la cabane d’Areau. Il bruine toujours et la fraîcheur va finir de nous pénétrer quand on s’arrêtera de bouger. La cabane est vaste mais fermée 😭.  Rien ne se prête à un bivouac de 5 tentes aux alentours. J’ai repéré au-dessous un parc à moutons avec une bonne surface et propre. Je suis le seul convaincu, les collègues ne veulent pas dormir en prison. Un km plus loin et avec encore de la dénivelée, il y a l’étang d’Areau et une cabane… A regret je quitte mon enclos et les suis de loin… Après de rudes pentes, l’étang et la cabane qui le domine apparaissent. Elle a l’avantage d’être équipée d’une terrasse protégée et d’une grande table.

La cabane à l’étang d’Areau

On dispose nos tentes comme on peut sur un petit périmètre. Après une toilette plus ou moins poussée selon chacun, c’est l’heure du repas bien mérité pris en compagnie d’un randonneur québécois très sympa avec qui on a échangé sur un tas de sujets dont Robert Charlebois. Je me suis endormi en pensant à Lindbergh….

Jour 3 : cabane de l’étang – Aunac – 21km / 390m D+ / 1500 m D- / 8h de déplacement

Peu de montée aujourd’hui mais une longue descente jusqu’à la route de Seix. Après une journée hier sans rien voir, le ciel est dégagé ce matin. Tout l’environnement de la cabane se dévoile sous un autre jour… Nous commençons par une petite grimpette dans les rochers et les pelouses. Tout doucement, le Vallier se dévoile : d’abord la crête sommitale puis l’édifice complet jusqu’à sa base une fois parvenu à notre point haut de la journée à près de 2000 m.

Vue sur le Vallier

Nous progressons à l’W et les grandes barres rocheuses de Lanet Clau et des Cuns d’Aula au sud nous dominent. La TransPyr (nouveau nom de la HRP) y passe… Le paysage mérite bien quelques minutes de contemplation avant d’entamer la longue descente vers la cabane d’Aula. Après quelques minutes, on devine bien le vallon de Peyre Blanc et la légère sente qui est partie de la cabane jusqu’au col de Peyre Blanc à 2627 m. C’est une façon de monter au Vallier sans prendre le chemin classique par le refuge des Estagnous. Le couloir de Peyre Blanc qui permet d’accéder au col est truffée de gros blocs que l’on voit bien de notre position. Au col, on doit progresser vers le Petit Vallier et le col de Faustin d’où l’on rejoint la voie classique et sa dernière rampe avant le sommet à 2839 m. Je me promets de faire cette rando un de ces jours… Pour l’heure la descente continue par un sentier bien tracé qui serpente dans la pente sans jamais fatiguer. Pas d’eau à la cabane mais on trouve la source un peu plus bas, sur la droite du GR. Nous descendons en suivant le ruisseau de l’Artigues, tantôt à sa hauteur, tantôt en surplomb. Vers la cabane du même nom, on est sur un vaste replat où broutent tranquillement un troupeau de chevaux plus ou moins sauvages. Face à la cabane, au nord tombe la majestueuse cascade d’Arcouzan.

Cascade d’Arcouzan

La sente parait longue jusqu’à la pause méridienne que certains prennent les pieds dans l’eau. En début d’après-midi on quitte les sentes étroites du matin pour marcher sur des chemins plus larges qui se transforment en petite route en amont du hameau d’Estours. En aval du hameau la route est bouchée : des travaux de nettoyage du flanc de montagne est en cours et d’énormes blocs de pierre parsèment la chaussée. Peu après, c’est le hameau de Couflens de Betmajou qui marque la fin de la longue descente de 10 km et où l’on trouve encore une petite épicerie en libre-service mais beaucoup moins pimpante que celle de la veille à Faup 😊. Nous empruntons alors un tout petit tronçon de la route qui va à Seix avant de finir par la remontée à Aunac en suivant une petite route et une piste jusqu’au col de l’Oule et Aunac quelques centaines de mètres plus loin. Pas de bivouac sauvage à Aunac mais un gîte qui nous propose un espace de camping économique avec toutes les commodités. Ce soir, on ne mangera pas de lyophilisé, ni de purée mousline / saucisson mais un bon plat de rougail -saucisses arrosé d’un beau vin de Cahors.

Jour 4 : Aunac – cabane de Taus du Vallier  – 20 km / 1750 m D+ / 750 m D- / 8h15 de déplacement

Une journée longue encore aujourd’hui ! Celà commence en douceur par une petite descente au départ d’Aunac vers le ruisseau d’Esbints puis par une sente en balcon en légère montée au-dessus du vallon où coule le ruisseau. Après 5-6 km, à hauteur du gîte d’Esbints (où le responsable nous recommande de mettre des pastilles de micropur dans l’eau de source qui jaillit là), la pente se cabre soudainement et reste rude jusqu’à la cabane de Tariolle, 3,5 km plus loin. Peu après, au début des prairies d’estive, le grondement des motos nous dit que le col routier de la Core approche.  Du col la vue porte à 360° sur tout le Couserans. Au sud, on distingue facilement le mont Valier et le col du Cruzous. Le col de la Core est un point de départ pour de multiples randonnées et nous croisons des gens sympas dont un couple garé à proximité qui ravitaille en eau un de nos collègues. Un panneau nous apprend que le GR est dévié après le col d’Auréole à 3,6 km de notre position. Cela remet en cause notre bivouac du soir prévu à côté de la cabane d’Aouen. Pascal qui a découvert un site bien fait et très complet sur les cabanes et refuges des Pyrénées nous indique une cabane accessible sur la portion déviée. Ce peut être la cible de l’après-midi mais pour le moment il faut se remettre en route en direction du col.  Le sentier suit une courbe de niveau et offre un petit répit. Lorsque la vue est dégagée, la vallée de  Bethmale apparaît avec de grandes échappées au nord. Nous progressons le plus souvent dans une petite forêt de sapins à l’ombre rafraîchissante.  La progression en est facilitée et à mi -chemin du col nous nous arrêtons pour prendre notre déjeuner.  Heureusement, à la reprise, la pente est légère et laisse le temps à la digestion d’opérer 😊. Seul bémol, le col se dérobe toujours, on croit y parvenir mais ce sont toujours des mouvements de terrain trompeurs. Finalement on le voit presque à la fin de la montée. Bonne nouvelle, une source nous attend un peu plus loin sur ce petit plateau sommital. Le rafraîchissement est le bienvenu car à plus de 1700 m, la chaleur est bien présente.

Col d’Auréole

Le GR a été détourné à partir de ce col car un incendie récent a fragilisé le sol  et des risques de chute de pierres menacent le sentier passant en contrebas. Ce détour va nous rallonger le parcours sachant qu’il reste encore plus de 600 m de D+ à avaler. La sente est néanmoins balisée PR. La suite sera donc une alternance de petits coups de cul et de parties plus planes dans un terrain minéral.

A l’est, au-dessus de nous une grande barre rocheuse nous surplombe avec de petits pics (tucs) culminant à plus de 2400 m. Un peu plus loin, à l’approche  du col de la Crouzette, nous tombons sur une petite caravane. C’est un groupe de propriétaires et leurs mulets qui apportent un gros ravitaillement à leurs bergers à la cabane d’Espugues un peu à l’écart de la sente. A priori, ce sont de bons vivants et l’apéro devrait durer un moment… Une fois le travail accompli et les bêtes dans leur enclos of course. La fin de la rando approche mais la descente vers la cabane du Taus est piégeuse et la sente peu évidente. Une dernière barre rocheuse franchie et la cabane apparaît sur un grand replat. Elle est occupée par un couple de jeunes locaux venus se mettre au frais pour quelques jours. Ingénieurs de formation, ils sont maintenant tisserand et vannière à Bethmale et vivent très chichement…. Après cette grosse journée, le repas sera serein, plus que le début de nuit troublé un long moment par des chevaux qui se sont mis en tête de slalomer entre nos tentes…😁

Jour 5 : cabane du Taus – cabane de l’Arech – 20 km / 1526 m D+ / 1790 m D- / 8h de déplacement 

On quitte à regret notre bivouac et nos amis d’un soir sous un beau soleil pour une journée à grosses descentes… Nous continuons la variante de la veille par une toute petite montée et un début de descente jusqu’au Cap des Lauzes où nous retrouvons le GR. La sente forme de beaux S et est très agréable à suivre de bon matin. Je me suis arrêté pour envoyer quelques SMS et les autres ont pris pas mal d’avance. Je presse le pas pour les retrouver près de la cabane d’Aouen blottie contre un versant escarpé. Nous aurions eu du mal à caser notre bivouac si nous avions suivi le GR comme prévu …. La vue sur le fond de la vallée profondément encaissée donne le vertige. La pente du sentier justifie le beau tracé tout en S qui rend la longue descente presque confortable. Parvenus dans la vallée après 5 km , une piste le long du Riberot nous amène à la grande Maison du Vallier. Petite pose salutaire avant d’entreprendre la rude montée vers le Tuc du Coucou 950 m plus haut et moins de 4 km plus loin. Comme tous les jours, nous rencontrons peu de randonneurs sur notre GR et en majorité ils viennent tous de l’Atlantique ; la plupart voyagent seuls. Après un premier km où le sentier montait droit dans la pente, la suite est moins raide mais exige de bien pousser sur les bâtons. Les cabanes filent les unes après les autres. Cabanes de l’Artigue, du Trapech du milieu du Trapech d’En haut et du Clot du lac où nous finissons par manger. La moitié de la rando du jour est derrière nous et restent quand même une grande descente en plein cagnard et une dernière montée vers notre cabane d’Arech et le bivouac. Peu après le repas, nous passons près de la cabane du Besset devant laquelle un troupeau de chevaux forment un cercle en plein soleil. Quelle est la signification d’une telle géométrie ? Nous essayons de gagner au plus vite la partie forêt de la descente car la chaleur est forte en ce tout début septembre. Nous buvons beaucoup et il nous tarde de trouver une source ou un torrent. Presqu’au bas de notre descente, nous tombons sur un ruisseau qui se jette dans l’Orle, le ruisseau qui irrigue la vallée. Au ruisseau ou à la source, ce sont toujours les mêmes gestes qui prennent  du temps : filtrage ou pastilles… Je suis le seul à ne pas avoir de bouteille de filtrage donc j’en prends pour une heure à chaque fois sauf quand des collègues serviables me prêtent leur filtre voire me filtre l’eau 😉 De là-haut on discernait bien une piste qui semblait se diriger vers l’implantation supposée de notre cabane mais son point de départ paraît plus bas dans la vallée. Soupirs… Encore de la distance avant la montée finale ! Heureusement le GR est bien conçu et nous trouvons une passerelle qui traverse le ruisseau de l’Orle plus haut dans la vallée. Dans la continuité, une sente se dessine qui monte progressivement dans une belle forêt de hêtres. Dans sa partie terminale, elle avale les 200 m de D+ restant par une série de petits S très serrés qui nous mènent (presque sans effort) sur la piste qui nous parait presque plate et qui mène à la cabane de l’Arech.

Direction cabane de l’Arech

Sur cette photo on voit bien en zoomant un peu les « S » terminaux, la piste et notre cabane d’Arech. Nous y trouverons un berger et trois randonneurs qui viennent d’Hendaye. Ils nous proposent d’occuper les deux places restantes mais nous préférons planter notre bivouac un peu plus bas. Ce soir-là, outre la bonne bière vendue opportunément par le berger, nous aurons droit à un cours de descente d’estives d’un troupeau de 800 bêtes, donné par une bergère et ses chiens ! Quel spectacle apaisant avant le dodo 😊

Jour 6 : cabane de l’Arech – refuge de l’étang d’Araing -16 km / 1500 m D+ / 300 m D- / 8h45 de déplacement

Nous voilà repartis ce matin en forme après un beau bivouac. Le troupeau est remonté pâturer un peu plus tôt. Il occupe rapidement une grande partie des pentes autour de la cabane. La montée au col de l’Arech, au-dessus de la cabane, se fait à bonne allure. Au col, nous croisons le berger, peu disert ce matin. Il nous demande de couper dans la pente pour ne pas gêner ses bêtes qui occupent le GR. Nous lui obéissons sans discuter 😁. Au début de la descente, nous avons déjà Eylie en point de mire, pourtant si loin, si bas dans la vallée… Les premiers vestiges de l’exploitation minière de la montagne apparaissent peu après l’abri sous le col: rien que des câbles et des pylônes  rouillés. A l’approche du hameau, deux éclaireurs partent vers le gîte pendant que j’attends un collègue retardataire. Je rate la bonne bifurcation et nous arrivons finalement au Bocard d’Eylie, plus bas, devant les ruines des bâtiments d’exploitation des mines de Bentaillou que nous atteindrons en début d’après-midi. On a extrait 1000 m plus haut en pleine montagne et pendant un siècle environ du blende (zinc) et du plomb argentifère. Les terres extraites là-haut étaient transportées par un réseau de câbles aériens et de transbordeurs vers Eylie où elles étaient nettoyées dans les bâtiments que nous longeons. Nous revenons sur nos pas au prix de quelques mètres de D+ en plus et nous retrouvons le chemin du gîte où nous attendent les collègues. Le gîte est fermé mais le plein d’eau est effectué à sa fontaine. Nous sommes au pied d’une montée ininterrompue de 6 km et de près de 1350 m de D+ ! Beau programme avant d’arriver au refuge de l’étang d’Araing ! Jusqu’aux mines, la pente est assez raide et ne laisse pas beaucoup de répit. Les ruissellements sur le sentier ne facilitent pas la progression. Nous ne sortirons pas de la forêt avant le déjeuner malgré nos efforts. Nous mangeons donc dans la pente aussi bien installés que possible. Malheur à celui qui laisse échapper sa bouteille d’eau sur la sente  (moi !!)😊. Ragaillardis par la pause, nous avalons les derniers 300 m de dénivelée avant de sortir de la forêt et d’atteindre les premiers vestiges de la mine, à la station La Rouge. Il faut se hisser plus haut encore pour atteindre la station Narbonne et le gros des bâtiments ruinée.

Vestiges de la mine de la Rouge

Nous remontons le long d’une grande barre rocheuse percée à 100 m de distance par des entrées de galeries fermées par des plaques d’acier. A l’époque, 10 km de galeries furent creusées sous la montagne, à près de 2000 m. A l’apogée de l’exploitation en 1907, la mine employait près de 500 ouvriers dont la plus grande partie vivait autour des mines,  coupés du monde pendant 8 mois de l’année. L’exploitation cessa en 1963. Il faut imaginer les conditions de vie de ces hommes surtout en plein hiver ! Un musée retrace cette épopée à Eylie.  Pendant toute la traversée de ces vestiges qui n’ont jamais été nettoyés, on fait face à une montagne défigurée.  On continue à prendre de l’altitude mais souvent, la sente se discerne mal et la confusion avec le balisage du GR T51 nous met sur une fausse piste. Ce n’est qu’une fois parvenus à la stèle commémorant la disparition de 3 employés d’EDF (on ne dit rien des circonstances de leur disparition…) que nous sommes certains d’être sur la bonne sente. La chaleur est accablante et l’ascension n’en finit pas. C’est donc avec soulagement qu’on atteint le point haut du jour à 2222 m peu après. Ce décor de ruines et de montagne souillée comme un décor de Far West me laisse un goût amer même si en levant un peu les yeux on aperçoit au-dessus de ce désastre le pic de Maubermé culminant à 2880 m. Il est enfin temps de basculer vers l’étang d’Araing et son barrage 400 m plus bas.

L’étang d’ Araing

C’est avec un certain plaisir qu’on atteint le refuge perché au-dessus du lac. Trois éclaireurs ont pu faire trempette en nous attendant 😁. La bière et le bon repas pris au refuge finiront de nous réconforter après cette journée harassante. 

Jour 7 : refuge de l’étang d’Araing – Fos  – 16,3 km / 240 m D+ / 1600 D- / 7h45 de déplacement

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : que de la descente ou presque aujourd’hui. Des vacances en somme ! On comptera pour presque rien la montée du refuge au col d’Auéran,150 m plus haut. De là, une sente part en direction du pic de Crabère, 500 m au-dessus de nous. Des personnes rencontrées au refuge ont décidé de le grimper : pas nous 😊 Nous préférons plutôt suivre le beau cheminement au NW qui file en très légère descente vers la grande cabane d’Uls occupée par deux bergers. Nous voyons l’un d’eux couper les sentes en courant pour se positionner en contrebas près de ses bêtes. Le GR coupe presque le troupeau et les patous nous font bien comprendre qu’il faut passer son chemin sans discuter. Ils opèrent une sorte de tenaille qui nous pousse naturellement loin de leurs protégés. Beau spectacle !  Comme tout ce qu’on voit autour de nous car le regard porte loin : une grande muraille au SW formée de plusieurs petits pics dans l’alignement avec le pic de Crabère. Des pentes très boisées au NW avec un trait de vallée profonde qui se révèlera être la vallée où coule la jeune Garonne… Quand nous quittons ce beau promontoire, nous tombons sur de fortes pentes qui nous font passer un verrou rocher prononcé avec de l’eau à tous les étages dont la cascade d’Auède bien alimentée. Passé ce tronçon difficile, nous retrouvons plus bas une belle allée forestière qui sent la montagne habitée. Plus nous descendons, plus l’habitat se révèle, ruiné ou en bon état. La toponymie qu’on lit sur la carte montre un grand nombre de hameaux ou fermes isolées. Avant la forêt, l’agriculture vivrière devait dominer dans cette petite vallée.  Les gîtes succèdent aux résidences secondaires. Nous mangeons à la fin du chemin juste avant la route bitumée qui va nous mener après quelques km à Melles, village de Haute-Garonne connu pour avoir été le premier site d’implantation de l’ours en 1996. La route qui continue jusqu’à Fos plus bas est un four. Des randonneurs rencontrés sur les étapes précédentes nous ont parlé d’un espace de bivouac dans le village près de l’école. La rentrée scolaire vient d’avoir lieu et a dû mettre fin à ce service proposé. Et bien non, le camping est toujours possible dans la cour de l’école des filles désaffectée ; seule l’école des garçons est occupée par une classe unique dont l’instit habite un appartement dans le groupe scolaire.

Le temps de planter le bivouac et nous filons en direction de la Garonne dans laquelle nous prenons et bon et long bain réconfortant. La soirée sera à l’unisson de ces beaux moments de détente. La journée de demain sera le dernier gros morceau à avaler…

Jour 8 : Fos-cabane de Saunères  – 17 km / 1750 m D+ / 640 m  D- / 7h45 de déplacement

Dernier morceau de « bravoure » aujourd’hui. De Fos on devine bien l’effort à fournir pour passer cette grosse bosse à l’ouest de la ville. En fait, il nous faudra 6 heures de montée ininterrompue pour parvenir au second point haut de la journée au col d’Esclot d’Aou à 2093 m. Avant cela, nous quittons Fos en suivant le canal d’alimentation hydro-électrique pour nous présenter peu après au pied de la crête de Sacaube, au pied d’un bien bel épaulement ! Nous sommes partis avec une heure d’avance sur notre horaire quotidien pour profiter de la relative fraicheur matinale. La montée toute entière dans la forêt se fait par un beau chemin pentu mais bien dessiné. Après près de 950 m de D+ la sente redescend vers le ruisseau de Parlaquère où nous aurions dû faire un peu d’eau. Puis la sente remonte jusqu’à la cabane d’Artigue 100 m plus haut. Avant la cabane, nous tombons sur le corps d’un chevreuil égorgé qui barre la sente : nos enquêteurs se perdent encore en conjectures sur les cause de la mort 😊 … A la cabane, pas d’eau. Il faut monter encore un peu plus pour recroiser à nouveau le ruisseau. Cette fois-ci pas d’hésitation ! Nous faisons tous le plein d’eau : au moins 2,5 l par personne. Un couple rencontré à Fos nous dépasse avec leur chien. Ils sont partis de Wissenbourg au nord de Strasbourg en suivant le parcours de l’Hexa Trek qui va les mener à Hendaye. La littérature nous apprend que la distance totale du parcours est de 3012 km pour 146719 m de D+ !!!  Ils sont donc « presqu’arrivés ». Ça me fatigue rien que d’y penser. Vu leur cadence de marche nous les laissons filer. Une demi-heure plus tard, la cabane des Courreaux marque la sortie de la forêt et la pause repas ! Mais il reste encore plus de 600 m jusqu’au col. Ils sont finalement avalés sans trop de mal même si, comme souvent, le point haut se dérobe souvent au regard. Finalement le col d’Esclot d’Aou est franchi vers 14 h. Le plus dur est fait même si des bosses vont se présenter jusqu’au pic de Bacanère à 2193 m qui est le point haut du jour. Ce ne sera plus que de la descente jusqu’à Luchon le lendemain. Pendant 3, 4 km avant le pic, nous marchons le long de la frontière avec des bornes (de 405 à 399) qui jalonnent le GR. Nous nous approchons du but, la cabane de Peyrehitte, un peu à l’écart du chemin. Las, il n’y a pas d’eau et les abords sont recouverts de crottes de moutons. En fait tout le secteur est impropre au bivouac. Il faut consentir à 2 km de plus pour parvenir à la cabane de Saunères auprès de laquelle la carte montre la présence d’une fontaine… Pascal et Pierre partent en reconnaissance et trouvent effectivement la fontaine en contrebas. L’emplacement est magique (1000 m en surplomb de Luchon), il y a de l’eau et à peine de quoi mettre trois tentes sur une sol à peu près plat.

Cabane de Saunères

Ça tombe bien, la cabane est ouverte, propre et propose deux couchages que nos deux éclaireurs ont bien mérité d’occuper 😊. Notre dernière soirée en altitude sera douce et déjà baignée d’une petite nostalgie de fin de séjour…

Jour 9 : cabane de Saunères  – Bagnères de Luchon– 13 km / 46 m D+ / 1080 m  D- / 4h de déplacement

Dernière demi-journée de rando ce matin. Nous prenons donc notre temps pour lever le bivouac… Descente tout le long. Nous profitons d’un petit promontoire pour avoir un dernier regard sur la vallée de Luchon vue d’en haut.

Vallée de Luchon

Puis une large piste nous amène dans le charmant village d’Artigues (encore un Artigue qui signifie dans un large SW : espace récemment défriché) dans lequel nous déambulons tranquillement. Sa petite église et son cimetière sont tellement accueillants… Quelques bergeries occupent encore le village. Dès la route quittée, la sente descend brusquement par de larges « S » en direction de Sode dans un sous-bois de petits chênes et de noisetiers.  Puis le GR joue avec la route qu’il coupe avant chaque virage…. jusqu’à Juzet de Luchon. Ca y est, nous sommes dans la vallée et plus de montée jusqu’à l’année prochaine 😊. Il est temps de prouver que nous sommes bien allés jusqu’au terminus annoncé dès l’automne dernier et de clore ce long CR.

Séjour classé hors catégorie car 6 étapes à plus de 1300 m D+ dont 5 à plus de 1500 m D+. Bonne entente et entre-aide entre les participants. Un régal de séjour. 

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