Animateur : Thierry
Nombre de participants : 12 animateur compris (8F, 4H)
Classement Atlas : facile
Distance : 32 km
Dénivelé : + 250 m (mon GPS garmin)
Carte : IGN 2426 SB
Météo : humide et couverte – mais pas de pluie pendant nos activités et 2 rayons de soleil quand même
Kilométrage auto 283 km pour 3 véhicules Temps de préparation et compte-rendu : 15 H
Jour 1 : Visite guidée de la forêt et découverte de Hérisson petite cité de caractère en Pays de Tronçais – 10 km – 6h30 de déplacement
La météo très pluvieuse rencontrée pendant le trajet aller n’incitait pas à l’optimisme même si secrètement cela faisait du bien de voir enfin l’eau tomber ! Heureusement pour le confort de notre petit groupe, la pluie cesse dès notre arrivée au Rond Gardien où nous attend notre guide Nathalie non pardon Christelle. Elle abordera pendant près de 2h30 un certain nombre de thématiques sur la forêt et le pays de Tronçais. Explications sur son histoire, sur sa sylviculture et son devenir… La forêt de Tronçais a une superficie de 10583 hectares et est bornée au nord par Ainay le Château, par Epineuil le Fleuriel au SW et Cérilly à l’E/SE. C’est une forêt domaniale qui appartient à l’État qui la gère via l’héritier de l’Administration des Eaux et Forêts, l’Office National des Forêts aujourd’hui. Elle est fortement marquée par l’histoire et quelques grands hommes. A commencer par Colbert qui par ses ordonnances royales de 1670 crée, délimite et organise la forêt dans les contours que nous lui connaissons aujourd’hui. Cette forêt doit produire le bois destiné à la construction des bateaux de la Marine de Guerre du Roi. En fait, Christelle nous apprend que ce ne sera pas le cas et tord ainsi le cou à une légende : très peu de bateaux seront construits à partir des chênes de la forêt ! Malgré tout, environ 1 million de jeunes plants de chêne sessiles seront mis en terre. Le 18ème siècle la verra à nouveau touchée par d’importants prélèvements pour le chauffage et la métallurgie naissante. Il faut attendre les années 1830 et Joseph Louis Buffévent, inspecteur des Eaux et Forêts à Montluçon pour décider du mode de gestion qui prévaut encore aujourd’hui : forêt gérée en futaie régulière (peuplement homogène en âge et en taille des individus) et en parcelles (442 aujourd’hui). Cette gestion ne peut se faire que sur le temps long qui est mesuré et qui correspond à la durée des révolutions (durée d’exploitation d’une parcelle de la jeunesse des arbres jusqu’à sa régénération). D’une durée de 180 ans décidée par M. Buffévent, elle est passée à 250 ans dans les années 1970. Un forestier ne voit donc jamais le résultat de sa plantation ou des soins qu’il apporte à de jeunes arbres.
L’objectif de l’exploitation des chênes de Tronçais est d’obtenir des arbres au tronc long et au diamètre régulier sans bas branchage et sans nœud, au grain très fin. Le principe de la haute futaie est basé sur une sélection naturelle des chênes qui cherchent à grandir pour gagner la lumière, moteur de leur croissance. Beaucoup d’appelés et finalement peu d’élus. Du semis naturel ou glandée à une futaie mûre (250 ans), la parcelle et ses habitants vont connaître plusieurs stades de développement: semis avec près de 150000 individus à l’hectare, fourrés avec des chênes de 10 ans et de 3 m de hauteur. Le dégagement de la parcelle opéré par le forestier fait passer la population à 50000 individus. A 25 ans, les chênes ont une taille de 7-9 m environ. Les plus petits meurent par manque de lumière. Les tordus sont abattus… Il en reste alors 10000 à l’hectare. Pendant les cinquante années suivantes, le technicien forestier de l’ONF sélectionne les plus beaux spécimens et abat les autres pour en faire du bois de chauffage. A 70 ans, le chêne mesure entre 15 et 20 m et a une circonférence comprise entre 95 et 125 cm : il est juste adolescent. L’exploitation et le travail sur le siècle et demi suivant (sélection, abattage) ne laisseront plus que 70 individus aux qualités recherchées : de 150000 à 70 chênes par hectare à la fin de la révolution. C’est bien le résultat d’une forêt exploitée sur le temps long. On prélève aujourd’hui des arbres qui ont entre 150 et 200 ans ! Les parcelles de régénération seront des parcelles où seuls quelques vieux chênes seront conservés pour la production des glands – la glandée – qui tombés au sol germeront et produiront la centaine de milliers de jeunes pousses évoquées plus haut.
En plus du chêne sessile, on trouve également d’autres essences de feuillus comme le hêtre (10% de la surface) et le charme (5%). A ces arbres s’ajoutent des résineux (pins sylvestre) sur 7% de la surface. S’il n’a pas servi à construire des bateaux, le bois des plus beaux spécimens est utilisé pour la fabrication des tonneaux dans lesquels sont élevés des vins ou des spiritueux d’exception : grands Bordeaux et grands cognacs. Ce savoir-faire de la tonnellerie s’appuie sur le travail des mérandiers qui fabriquent les douelles (lattes) qui forment les tonneaux à partir des plus beaux spécimens de la futaie. Cette activité au sens large occupe plusieurs dizaines de personnes autour de Cerilly, capitale de la forêt de Tronçais et constitue la principale source de revenus tirés de la forêt ! Les chênes destinés à la merranderie sont vendus sur pied à l’occasion des enchères d’octobre auxquelles participent tonneliers et mérandiers du monde entier. Les arbres achetés sont ensuite abattus et transportés par les équipes de bûcherons des acheteurs et pas par les équipes de l’ONF. Les bois de moindre qualité sont abattus et débités sur place avant les étapes de débardage et leur d’être vente de gré à gré….
Après nous avoir donné des explications très complète, notre guide nous conduit vers la fameuse futaie Colbert qui contient une majorité de chênes en fin de vie et qui a été transformée en réserve biologique de près de 20 ha où les arbres mourront de leur belle mort sans en favorisant la biodiversité végétale et animale (troncs et branches se décomposant sur le sol, nombreuses espèces d’insectes, d’oiseaux et de chauves-souris). Elle évoque également la pression exercée par la trop nombreuse population de sangliers. Il n’y aurait pas suffisamment de chasseurs pour effectuer les prélèvements nécessaires ! Sans parler de la population de cervidés et de chevreuils friands des jeunes pousses d’arbres. Autre ennemi peut être encore plus terrible pour la futaie c’est le changement climatique en cours qui assèche les sols et fragilise tout l’écosystème forestier. Si l’on a 30-35° à la base de l’arbre, la température peut atteindre 55° au niveau du houppier. Deux arbres remarquables dont l’un le Charles-Louis Philippe (4.60 m de circonférence et âge=: 350 ans) sont entrés cet été dans un « coma » dont l’on ne sait pas s’ils sortiront vivants. Si les feuilles ne réapparaissent pas au printemps prochain, les forestiers acteront alors de leur mort. Il y a d’autres très vieux arbres remarquables qui sont morts mais qui restent toujours ancrés sur le sol en attendant leur chute causée par des impacts de foudre ou des tempêtes. Les hêtres sont encore plus sensibles à la chaleur et à la sécheresse… Des études sur l’implantation de nouvelles espèces d’arbres plus résilientes sont en cours : chênes pubescents, chênes du Caucase, etc…
Puis Christelle nous conduit vers un chêne remarquable à proximité de la futaie Colbert, le chêne Stebbing, du nom d’un professeur écossais passionné par les arbres de Tronçais qui avait coutume de venir chaque été accompagné par ses étudiants. En nous dirigeant vers ce beau chêne de 380 ans et d’une circonférence de 4,87 m, nous passons devant une de ces parcelles-nurseries peuplés de chênes jeunes âgés d’environ 25 ans. Ils sont serrés les uns contre les autres. C’est l’expertise et l’œil du technicien de l’ONF qui choisira les arbres à conserver ou à éliminer, passage après passage. Ils ne sont que 10 techniciens pour s’occuper de toute la forêt (hors travaux de bûcheronnage et de débardage évidemment !). Pour les aider dans leur suivi, l’ensemble de la forêt est cartographié et chaque arbre en place est identifié et mémorisé. Le même type de suivi se faisait manuellement depuis 2 siècles…
La visite se termine à la fontaine de Viljot. On trouve dans une belle maçonnerie circulaire une eau d’une grande pureté, dixit Christelle. Cette fontaine a donné naissance à de multiples légendes colportées par la tradition orale. Comme celle-ci : jeter une épingle à cheveu dans la colonne de bulles remontantes produites par les vibrations au sol; si l’épingle s’enfonce droite dans le fond de la fontaine alors la jeune fille qui aura accompli ce geste se mariera dans l’année. Sur cette belle évocation nous quittons notre guide qui nous aura apporté de précieuses connaissances avec ses explications très claires.
Il est midi et j’ai décidé de passer l’après-midi à Hérisson, petite cité de caractère forte d’un riche passé médiéval, au bord de l’Aumance, au milieu d’un paysage de bocage verdoyant. Après notre repas pris sur les bords de l’Aumance, nous montons vers les belles ruines du château des Ducs de Bourbon bâti en pierre de grès au 14 ème siècle. Trois des quatre tours sont ruinées mais permettent bien d”imaginer l’emprise et l’allure général de la forteresse il y a presque 7 siècles. En redescendant du tertre, nous parcourons les venelles du vieil Hérisson bordées pour certaines par de beaux hôtels Renaissance.
Nous terminons notre découverte du pays d’Hérisson par un rapide aller-retour à l’église St Pierre de Chateloy, bel édifice du 12eme siècle à l’intérieur recouvert de remarquables fresques murales que nous ne verrons pas car les visites s’arrêtent le 30 septembre. Après notre retour à Tronçais, nous nous installons dans notre gîte forestier proche de l’étang de Tronçais. La soirée sera douce, savoureuse et réchauffée par un beau feu de cheminée allumé par deux expertes de notre groupe.
Jour 2 : Randonnée dans la forêt – 22 km – 215 m D+ – 7h de déplacement
Itinéraire : étang de Tronçais, ligne des Etrangers, Rond Neuf, E étang de Morat, Rond du Vieux Morat, GR303A vers chênes remarquables les Jumeaux et la Sentinelle, Rond de Richebourg, Route forestière de Richebourg, Rond des Thiers , le Gouleau, la Paquetterie, Bouis, Rond de Bouis, Rond du Meslier, Rond de la Cave, Rond de Serviette (pardon de Viljot), Rond Daubrée, GR303, Rond des Carrières, Ruisseau de Planche, E de l’étang de Tronçais, anciens bâtiments des forges de Tronçais
Nous partons ce dimanche du siège de Cap Tronçais qui nous a loué le gîte pour leur ramener les clés. Cette association organise des formations liées à l’animation. Un stage BAFA y est justement en cours…
Le parcours va nous permettre de découvrir quelques étangs qui sont à l’intérieur ou à l’extérieur du boisement et quelques-uns des chênes remarquables qui peuplent la forêt. Ticket d’entrée pour mériter ce titre d’arbre remarquable ? Avoir plus de 350 ans, mesurer 35 m au moins et avoir une circonférence de plus de 4 m ! Après un petit échauffement le long de la ligne des Étrangers, nous tombons vite sur l’étang de Morat que nous longeons un moment ; ces LIGNES sont comme de grandes avenues rectilignes qui coupent la forêt et d’autres lignes sur les ronds-points qu’on appelle ROND à Tronçais; on en dénombre 57 dans toute la forêt. Sur chaque Rond, on trouve des panneaux indicateurs des grandes directions à suivre avec les kilométrages correspondants. Mais il vaut mieux posséder la carte IGN du secteur pour se sentir bien et pas trop “pommé” surtout quand on commence à suivre les petites sentes qui innervent la forêt. Les étangs du secteur ont tous un étiage assez bas. Fontaines, ruisseaux et étangs communiquent entre eux. Certains étangs comme celui de Tronçais ou celui de Morat étaient les réservoirs d’eau des forges qui les jouxtent et dont on aperçoit les grandes cheminées encore dressées vers le ciel. Les Forges de Tronçais ont été créée par un Lorrain Nicolas de Richebourg. Elles produiront tout au long du 19ème siècle de la fonte et des aciers de qualité. Les câbles des ascenseurs de la Tour Eiffel ont été fabriqués avec de l’acier de Tronçais. Peu après, nous nous inclinons devant le chêne Saint Louis (âge=450 ans, circonférence=6,50 m)avant de poursuivre le GR pour aller à la rencontre des Jumeaux (âge=400 ans, circonférence=4,10 m et 4,50m) et de la Sentinelle, le plus gros chêne de la forêt (âge= 446 ans, 28 m et circonférence de 6,50 m).

Notre déambulation nous permet des mettre des images sur les mots de Christelle: nous sommes presque capables de reconnaître le stade de développement de chaque parcelle numérotée que nous longeons.
Nurserie ou parcelle en régénération, parcelle d’arbres à maturité ou presque et parcelle de jeunes adolescents…. J’avais peur de proposer cette rando forestière, craignant la monotonie. C’est tout le contraire ! Il y a de la diversité dans ces ambiances mêlant parcelles de feuillus aux feuillages et structures différentes. Dans les parcelles suffisamment éclaircies, de grandes fougères arborescentes comblent les vides en tapissant les sous-bois. Après le rond des Thiers, nous sortons des bois pour nous retrouver dans un paysage de prés verdoyants, très ouvert. Nous traversons quelques fermes et Bouis petit hameau tranquille sauf quand les tirs de chasseurs résonnent au loin. Vite, nous rentrons dans la forêt pour trouver notre salle à manger : deux rangées de plusieurs grumes alignées en oblique de chaque côté de la longue route forestière de Beauregard.

Ce sont des chênes de grande taille, des élus, qui attendent d’être transportés dans une des merranderies du secteur pour en extraire les douelles de futurs tonneaux ! Nous reprenons vite la route car le froid commence à nous saisir. La forêt est aussi exploitée touristiquement : le long de certains tronçons apparaissent des panneaux explicatifs sur certains grands hommes de Tronçais ou sur certains événements qui s’y sont déroulés. Comme pendant la 1ere Guerre mondiale, où près de 1500 hommes ayant une certaine expertise forestière furent détachés à Tronçais pour produire planches, pieux et piquets destinés à la construction des tranchées du front de l’Est. Un chemin touristique a aussi été aménagé dans la nouvelle futaie Colbert 2 qui explique à travers plusieurs panneaux le travail des forestiers et les principes de gestion de cette futaie régulière. Elle n’était malheureusement pas sur notre tracé. Dans l’après-midi nous avons rencontré de nombreuses parcelles de pins sylvestre à l’écorce partiellement arrachée comme s’ils desquamaient. La lumière mêlée à quelques rayons de soleil donne à tous ces arbres une teinte orangée qui devraient ravir tout bon aquarelliste. Encore quelques ronds et un dernier chêne remarquable, le chêne Carré (âge=400 ans, 30 m, circonférence=6,35 m) avant le retour à Tronçais par le sud et l’est de l’étang .

Fin d’une superbe rando dans la plus belle chênaie d’Europe !
Un grand merci à Bénédicte pour ses photos.
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