Séjour n°17. Grande traversée des Pyrénées par la HRP (2° étape)

Traversée de l’Ariège entre le Puy Carlit et le Montcalm

Après 8 jours de rando déclinés ci-dessous…

Date : Du vendredi soir 03 au dimanche 12 août 2012
Animateur : Michel J.
Nombre de participants : 5 dont 1 femme et 4 hommes, dont trois adhérents ont vécu la première étape en 2011
Météo : Beau avec une nuit orageuse dans la nuit du dimanche 05 au lundi 06. Ce lundi a été humide une partie de la journée avec passage de nuages qui ont accroché la montagne en fin d’après-midi tout en masquant le relief. Le reste de la semaine a été beau sans excès au niveau de la chaleur, en altitude. L’air était sec et a permis de bivouaquer à plusieurs reprises sans tentes pour certain(s) et sous une voûte céleste magnifique (la lune se levant assez tardivement).
Classement : Hors catégorie (classé difficile sur la note technique que je monte d’un cran compte tenu des dénivelés positifs et négatifs et de la technicité de certains
passages)
Conditions de terrain : Bonne dans l’ensemble en tenant compte de la difficulté de progression (hors piste) et de la nature du terrain (pentes raides herbeuses, longueurs des pierriers, cheminement dans une végétation rase masquant les traquenards du sol, couloirs engagés avec névé ou sans névé…)
Transport : à l’aide des véhicules de Joël L. et Michel J. Nous avons été récupéré par un véhicule dans la vallée de l’Artigue.
Kilométrage routier parcouru : 2728 km

Faune rencontrée : Quelques vautours fauves, une belle concentration de mouflons autour du Puig castell Isard surtout sur la partie nord, femelles avec petits et mâles, le dimanche matin sur le versant ouest. Quelques isards par-ci par-là….
Rencontre insolite : Un long échange avec Arsène, le berger qui j’avais rencontré en compagnie d’adhérents d’Atlas, il y une dizaine d’années et qui avait défrayé la chronique à l’époque à travers les médias (même à l’étranger) pour sa position favorable à l’ours et son élevage de Patou. Son parcours atypique mériterait de longues lignes d’explications. Cette rencontre rappellera de bons souvenirs à certains…
Patrimoine naturel : Un parcours en majorité minéral avec de monstrueux pierriers, en dévers, en montée ou en descente, de beaux lacs de montagne, quatre beaux sommets, le Carlit, le Tristaina (première ascension pour Atlas), le Montcalm et l’Estat.
 

Hébergement : Sous tente bi-places et une place ou à la belle étoile. A la fin du séjour, un gîte avec repas du soir et petit déjeuner était prévu afin de récupérer avant le retour sur Clermont Ferrand en voitures.
Nourriture : Chaque participant devait prévoir sa nourriture pour la durée de l’autonomie. L’association a proposé des plats lyophilisés pour le soir.

Découpage du séjour pour cette seconde étape (Est-Ouest) de la Haute Route Pyrénéenne.
L’idée était de gagner le dernier sommet des P.O afin de repartir vers l’ouest pour faire l’ascension du premier 3000 de la chaîne. Loin de suivre l’un des tracés préconisé dans le guide HRP de Georges Véron, je proposais à mes coéquipiers un itinéraire atypique en étant au plus près de la crête frontalière entre l’Espagne et l’Andorre et en évitant au maximum les zones habitées et lieux touristiques à l’exception de l’Hospitalet et de la descente très classique du Montcalm. Nous avons choisi un bel itinéraire de montagne en altitude en jouant au mieux avec les difficultés du relief…Pour être à pied d’œuvre le samedi matin, nous avons fait la route le vendredi soir, avons dormi au sec de 02h00 à 07h00 et avons pu démarrer notre traversée dès 09h00 après un dernier mouvement de voitures…

Jour 1: Départ du parking du Fanguil, le long de l’Oriège alt 1140m environ. Cette longue mise en jambe a permis de roder notre organisme en montant progressivement en altitude sur chemins puis sentes. Etangs et refuge d’en Beys, Porteille d’Orlu, estany de Rouzet et bivouac au nord du Puig Castell Isard à 2354m d’altitude.
Durée du déplacement (DD) (pauses comprises) 08h00 D+ 1400m D- 150m

Peu avant le refuge d’En Beys…

Jour 2 : Par l’ouest du Puig désigné ci-dessus entre barres rocheuses et plats herbeux, nous gagnons le pied du Puig Carlit de Baix ou nous nous hissons par le versant ouest à 2921m. Après un tour d’horizon de 360° avec une vue magnifique au soleil levant sur les différents lacs des Bouillouses. Nous disons adieu au P.O, regagnons par un itinéraire nord notre bivouac et entamons notre progression vers l’ouest…. Passons par le sud du grand lac de Lanos, franchissons la Portella de Lanos à 2468m et installons en milieu d’après-midi le bivouac à proximité du ruisseau de Queforc à 2150m d’altitude.
DD 06h45 D+ 1050m D-560m

L’équipe au sommet du Carlit…

Jour 3 : Sous un ciel maussade ponctué de quelques averses, nous descendons tranquillement vers la seule cassure importante de notre périple avec un retour obligatoire à la civilisation, je veux parler de l’Hospitalet. Le brouhaha se fait entendre rapidement tant le trafic sur cette route internationale est important. Il est même agrémenté, aujourd’hui, par des explosions car un semi-remorque est en feu sur le bord de la route  au niveau de Porte Pymorens que l’on surplombe. Tout en continuant notre chemin, nous assistons à l’embrasement du tracteur puis de la remorque dans une forme d’indifférence générale, les pneus explosant les uns après les autres sous l’effet de la chaleur. Nous faisons une pause au petit ravitaillement à l’Hospiatlet prés d’Andorre (un bout de pain, quelques fruits achetés…) où l’accueil n’est franchement pas terrible et fuyons le plus vite possible cette vallée pour gagner de la hauteur et retrouver le calme en suivant le ruisseau de Siscar, l’étang du taureau puis de Siscar, de Régalècio. Nous sommes au pied de la première grande difficulté, une pente herbeuse, longue avec un fort pourcentage qui est suivi d’un pierrier en dévers d’environ 1 kilomètre. Apprentissage accéléré pour ceux qui n’ont pas l’habitude de ce type de terrain….Col de l’Albe. Les nuages nous ont rattrapé et je cherche ma petite sente entre des barres rocheuses impressionnantes ce qui permet de rejoindre directement l’étang de Joclar. Peine perdue, pas assez de visibilité et il nous faut faire un petit détour par Andorre et descendre vers l’Estany Segon pour trouver le second passage. Il est tard et le temps s’est refroidi, la toilette sera tonique.
DD10h26 D+1525m D- 1155m 

Pente herbeuse avant le col de l’Albe…

Jour 4 : Par des verrous glaciaires successifs, l’étang de l’Estagnol est derrière nous et nous progressons rive droite du ruisseau du même nom. Nous admirons au soleil retrouvé, un beau troupeau de chevaux de Mérens. Pour ne pas trop perdre d’altitude, nous coupons à travers rhododendrons et myrtilliers pour gagner l’amont de la Coume de Varihles. Un petit col  un peu délicat entre barres rocheuses et pentes herbeuses à 2352m nous ouvre la Coume d’Oze après une descente un peu plus facile que la montée…..Nous suivons le ruisseau de Rebenne en essayant de repérer les traces laissées par les bovins et les ovins, évitant les zones marécageuses, sautant le ruisseau, le repassant sur une passerelle vacillante dans un chaos composé d’énormes blocs. La journée en grande partie hors piste a été rude pour les articulations. Ce soir, nous bivouaquons à basse altitude. 1640m.  
DD 07h55 D+595m D-1270m

 Tannière d’Arsène

Jour 5 : Nous abandonnons l’idée de faire un détour pour faire l’ascension du Pic de la Sabine, les organismes doivent garder un minimum de fraîcheur pour les jours à venir et pour pouvoir atteindre le premier 3000 de la chaîne. Surtout que la journée ne va pas être facile, nous perdons encore de l’altitude afin d’aller à la confluence avec le ruisseau de la Sabine et d’entamer par une sente qui se perd régulièrement la remontée de ce ruisseau. J’opte pour la rive droite et franchissons plusieurs épaulements qui nous permettent de ne pas trop s’user dans des montées et des descentes dans ce relief chahuté. Pour sortir de cette vallée, un pierrier important entre le pic de Thoumasset et le pic de l’étang Blaou doit être négocié au mieux, en y laissant un minimum d’énergie. Le  Pas de la Soulane franchi, l’étang Blaou miroite sous un généreux soleil que nous contournons par le nord en cherchant à nous diriger vers l’ouest sans perdre dans un premier temps d’altitude. Pause repas au ruisseau de Peyregrand afin d’examiner la suite de l’itinéraire, pierrier ou pente herbeuse ! Ce sera le pierrier pour gagner les étangs de Liassiès et le repaire d’Arsène, un dernier petit col  à 2578 d’altitude pour atteindre l’étang du Rouch. Une voie sans issue dans un environnement de haute montagne. Un vague cheminement cairné par Arsène nous permet au prix de gros efforts physiques et d’une attention soutenue de gagner la rive droite du ruisseau de Gnioure par le pierrier, pente herbeuse et terrain instable. Le bivouac est le bienvenu à 2140 m sur un replat herbeux avec une eau de source à proximité et quelques ruisseaux annexes pour la toilette.
DD09h59 D+1480m D-965m

Jour 6 : Le territoire d’Andorre est devant nous et par plusieurs verrous glaciaires et petits lacs nous atteignons le port de l’Albeille à 2601m. Nous reprenons notre souffle en échangeant avec un couple de sympathiques français qui font des bouts de la HRP en étoile à partir de leur camping car. L’étape d’aujourd’hui est courte en distance mais accumule les dénivelés et le terrain difficile. Après une descente dans un terrain instable en longeant un énorme névé qui ne fondra pas d’ici la fin de l’été. Notre objectif du jour se trouve sur notre droite et est frontalier avec la France, le pic de Tristagne ou Tristaina en catalan à 2878m d’altitude. Ce sommet n’a jamais été gravi par Atlas et fait partie des 100 plus beaux sommets de la chaîne Pyrénéenne. Nous montons une tente et déposons un  maximum de matériel et nourriture le temps de l’ascension. Pas facile surtout dans la partie supérieure ou les mains sont bien utiles pour franchir quelques barres rocheuses. Un beau terrain montagnard. Nous sommes au sommet seuls et pouvons contempler à loisir le paysage qui se dévoile à nos yeux une nouvelle fois sur 360°. Au nord l’étang de Fourcat, à l’ouest les sommets convoités du Montcalm et du pic d’Estats, le pic de la Soucarane ou de la Rouge (un vieux souvenir d’Atlas) et en premier rideau les pics de Macaras et de l’étang de Fourcat, au sud les différents lacs d’Andorre, le Tristaina, l’Estany Del Mig et à l’est, d’où l’on vient un imbroglio de crêtes enchevêtrées…et la longue vallée qui conduit à l’étang de Gnioure. Nous nous installons après le départ des baigneurs et des randonneurs à la journée, à proximité de l’Estany del Mig pour le bivouac à 2290m.
DD 06h43 D+775m D-130m 

Ascension du Tristaina …

Jour 7 : Les jours raccourcissent et le réveil se fait dans la pénombre. Nous utilisons depuis quelques jours déjà, les lampes frontales pour démarrer la matinée. La journée va être longue et musclée. Après une traversée de rhododendrons à flan de montagne, nous posons nos pas dans ce qui semble être une ancienne salle à manger de vautours, excréments importants, nombreuses plumes, une odeur pestilentielle mais plus rien….le grand nettoyage est fini ! Une sente nous conduit à une pente herbeuse où nous changeons d’orientation pour prendre pleine pente et nous faire déboucher au port de Tristaina à 2690m d’altitude. L’itinéraire est ambitieux, nous devons passer par le pic de l’étang de Fourcat pour gagner au plus direct la vallée suivante. Peut-être trop d’ailleurs car les premières difficultés avec un sac encore lourd apparaissent et deviennent infranchissables, l’arrête débouche sur un chaos avec des verticalités qui m’obligent à faire rebrousser chemin au groupe…
Après un moment de réflexion et de concertation, je propose un nouveau passage en récupérant l’itinéraire que j’avais suivi lors de ma traversée en solitaire de la HRP, l’étang de Caraussans que nous identifions rapidement vu d’en haut grâce à sa forme particulière. Nous suivons le ruisseau du même nom et gagnons la vallée de Soulcem, les Orris de Carla, c’est jour de la fête de la transhumance. Une organisation pour les aoûtiens, que de monde… Un pique nique restaurateur au soleil les pieds dans l’eau du ruisseau du Rioufret ou Riufret nous fait le plus grand bien. Il fait chaud et j’explique la fin de la journée et le souhait de gagner le lac du Riufret 500 mètres de dénivelé plus haut par des traces herbeuses, barres rocheuses sur une pente fort raide. L’avantage est que nous avons pas besoin de nous courber pour manger les myrtilles, elles sont à portée de bouche !! Voilà la journée est finie, nous installons nos tentes sur un plat herbeux à 2400 m d’altitude, environ, un peu à l’écart du torrent entre des dalles polies par l’action des derniers glaciers.
DD 08h41 D+1280m D-1200m 

Pic de la Souccarane…

Jour 8 : 15 millibars de perdu dans la nuit. Vers 02h30 du matin au moment où la lune apparaissait derrière la crête, quelques nuages précurseurs semblait vouloir confirmer cette baisse du baromètre. Au lever du jour, le ciel est limpide, nous avons encore quelques heures de beau temps devant nous ! Il nous reste à peine 2 kilomètres linéaires pour atteindre le col à 2978m séparant les deux 3000. Le terrain très difficile est derrière nous et après une dernière vire herbeuse, nous mettons pied sur une premier névé facilement négocié puis un terrain instable fait de terre et de cailloux. Le second névé est passé, plus pentu, nous l’évitons en partie préférant le rocher et attaquons avec dynamisme la dernière montée. Au col, les premiers randonneurs à la journée montant du refuge français du Pinet sont déjà là et des cohortes de jeunes Catalans arrivant du versant espagnol nous saluent. Le contraste est saisissant entre les deux publics que de jeunesse côté ibérique, la randonnée de ce côté de la frontière est considérée vraiment comme un véritable sport !  Nous gagnons le pic d’Estats et sa croix ou flotte de nombreux drapeaux catalans à 3143m, plus haut sommet de la Catalogne, vénéré par tout un peuple. Puis c’est le tour du pic du Montcalm où nous nous retrouvons pratiquement seuls à 3077m d’altitude, toit de l’Ariège et premier sommet français venant de l’est. Déjà, un peu de nostalgie on sent que la traversée s’achève et quelle traversée…Un beau moment de montagne avec des compagnons qui ont su faire taire leurs douleurs et forcer parfois leur nature pour aller au bout de leur engagement…
Une longue descente s’amorce avec une pause bien méritée à mi-pente pour finir les provisions et profiter encore de ce décor mais déjà les nuages s’amoncellent et nous finissons cette dévalade de 2065 m sous quelques gouttes de pluie.
DD 08h00 D+900m D-2065m

Couloir du Riufret…
Bivouac dans le Riufret …
Denier névé avant les « 3000 »

Remarques : les cartes utilisées pour ce périple étaient les Top25 2249OT, Bourg-madame et 2148OT, Vicdessos. Nous avons progressé en trace directe de 45 kilomètres vers l’Ouest.
Observations : pour cette seconde étape, le terrain a tenu toutes ses promesses, il a été très varié, exigeant et je crois que l’ensemble des participants a progressé tant sur le plan du portage, du physique que techniquement. A bientôt, peut-être pour la 3ème étape !
Merci à Aurélie et Jérôme A/J pour leur aide dans la dépose d’un véhicule et le transport des participants
Temps de préparation : réunions préparatoires, choix de l’itinéraire, mise au point pour la récupération des participants, réservation de l’hébergement, 15 heures.

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