Ani mateur : Michel J.
Classement Atlas Aventure : moyen
Nombre de participants : 10 dont 7 femmes et 3 hommes.
Le mot de l’animateur.
Ce compte rendu est synthétique car il est difficile de raconter 16 jours d’aventures dont 11 jours et presque 250 kilomètres parcourus à pied sans lasser le lecteur. Le participant retrouvera les émotions ressenties en regardant ses photos ou en lisant les notes ci-dessous. Avec ces quelques lignes, je veux également toucher les nombreux lecteurs extérieurs qui n’osent pas rejoindre le monde associatif par peur et méconnaissance. Des animateurs passionnés créent et l’association organise depuis plus de 30 ans bénévolement des séjours pour ses adhérents, du sur mesure que vous ne trouverez jamais dans le domaine marchand. Nous partons en petit groupe que ce soit en France ou à l’étranger. Pour les destinations un peu particulières, des réunions sont organisées, des entraînements peuvent être programmés. Avec nous l’aventure démarre en sortant de chez soi…
Pour certaines et certains, le désert était une première. L’ambiance et la synergie de groupe ont fait se dépasser les moins aguerris. Bravo à eux ! Un premier bivouac, couché à même le sable dans son duvet et sursac à attendre que le sommeil vous gagne dans un silence absolu sous un ciel merveilleusement étoilé, moment unique gravé pour toujours dans la mémoire. Vivement le prochain départ !L’association avait mis à disposition des sursacs en goretex, 1 tente Hardwear Mountain de secours, un filtre à grande capacité pour l’eau. Le choix des photos a été difficile, il se veut le reflet de la vie en trek…
Découpage et observations jour après jour..
Le 22 mars 2026. Départ de l’hôtel Almas de Marrakech vers 08 h 45 pour un parcours routier qui nous fera passer par le col de Tichka à 2260 m d’altitude puis le contournement de Ouarzazate par l’ouest pour suivre la direction de Zagora. A N’kob, nous prenons la petite route qui mène à Iknioun (Ikniouen). Après une bonne quinzaine de kilomètres nous bifurquons dans un chemin de terre et gagnons un lieu-dit à proximité des portes de Bab n’ Ali, joyaux géologique de l’Anti-Atlas. Cette roche incroyable qui surgit de terre en deux immenses saillies culmine à 1 580 mètres.Cinq cents mètres à faire à pied pour découvrir face à l’ouest, le bivouac du soir dans un décor de carte postale. Nous ne sommes qu’à un peu plus de 2600 kilomètres de la France et c’est déjà le dépaysement total.

Après le choix des tentes et l’installation habituelle, je rassemble le groupe pour une présentation de la zone géographique du Sarhro (Saghro, Sarghro) et le positionnement des différents autres massifs du Maroc dont la plupart (en gras) ont été parcourus à pied, à plusieurs reprises par l’association. Rif, Moyen Atlas, Haut Atlas Occidental, Central et Oriental, Anti-Atlas avec le Siroua et Sarhro.
Le 23 mars 2026. Notre équipe est composée de 5 muletiers (Ahmed, Idir, Ahmed 2, Lahcen 1, Lahcen), 1 cuisinier (Adi) et d’un guide Ahmed. Une grande partie de l’équipe a déjà travaillé avec moi et notamment le guide et le cuisinier que j’avais demandés. La direction prise est Est-Nord-Est, Lahcen, l’ancien que je précise par un (1) nous accompagnera sur toute la partie montagneuse.

La mise en jambe a été rude car le cheminement n’est pas facile dans un terrain accidenté où les traces sont plus des sentes d’animaux que de véritables sentiers. Après avoir traversé la bande goudronnée de la veille et un petit oued, l’Aka n’Oufourar qui arrose une palmeraie et un bassin de rétention nous évoluons dans un terrain vallonné qui nous amène sur le versant Nord du massif du Sarhro où nous pouvons apercevoir arrivés au col sous un vent frais et pénétrant, en contrebas le bivouac dressé à proximité de Tichki à plus de 2000 mètres d’altitude, composé de deux tentes mess, blanches et de 5 tentes biplaces, 2 vertes et 3 rouges.
Il est déjà tard. Après une longue descente, nous rejoignons l’équipe qui a pris un chemin différent et plus rapide que nous pour ne pas fatiguer dès le début les animaux de bât. Le soleil décline rapidement pendant que nous prenons l’habituel thé à la menthe.
Distance (D), 23 km ; durée de la rando (DR) ; 7 h 50 ; dénivelé positif (DP) 1271 m ; dénivelé négatif (DN) 638 m.
Le 24 mars 2026. Le vent d’Ouest a soufflé par rafales jusqu’à 1 h 00 du matin. Le réveil se fait doucement vers 07 h 00, heure qui deviendra la nôtre pour le lever pendant tout le trek, après une nuit sans bruit parasite, troublée un peu avant 06 h 00 par l’appel à la prière de la mosquée toute proche. Aujourd’hui, l’objectif à atteindre est le sommet du massif, l’Amalou n Mansour à 2712 m d’altitude. Le temps est frais et les nuages présents forment une strate régulière. Dès le départ, la montée est rude, le dénivelé négatif d’hier pour atteindre le bivouac doit être remonté sur un terrain pierreux où n’existe pas de cheminement bien tracé. Le groupe des muletiers en contrebas se fait tout petit. Seuls les nomades s’aventurent ici pour accompagner leurs troupeaux de chèvres, moutons et dromadaires. Les pluies d’automne et d’hiver inhabituellement abondantes ont fait reverdir la montagne pour le plus grands bonheurs des Ait Atta, berbères semi-nomades occupant cette zone géographique. Le massif du Sarhro éloigné de l’océan atlantique reçoit 100 mm au Sud et 300 mm de précipitions sur la partie montagneuse. L’odeur de l’armoise, écrasée sur notre passage titille le nez. Nous suivons le bord Nord du massif avec une orientation grossièrement Est. Des détours sont obligatoires pour éviter rognons rocheux et fonds de petits canyons où stagnent de l’eau.

Au bout de 9 km et 05 h 30 de déplacement, le sommet est atteint accompagné par une légère précipitation de grésil. Pas un bruit si ce n’est le vent qui souffle plus ou moins régulièrement et fort. Silence trompeur car la vie existe dans ce désert de pierre, les fientes de gallinacés en témoignent. Au total, sans chercher, trois perdrix se sont envolées à notre passage et pour l’œil aux aguets, fourmis, papillons, lézards et divers insectes étaient bien présents. Sur une dernière crête, nous apercevons en bas, l’emplacement du bivouac à 2545 m d’altitude. Il nous faudra encore deux bonnes heures pour descendre un couloir rocheux qui laissera sans doute un bon souvenir à une majorité des participants. Lahcen (1) patiente avec Mady et attend les retardataires avec beaucoup de détachement et de bienveillance…
D 15 km ; DR 8 h 30 ; DP 955 m ; DN 966 m
le 25 mars 2026. Deux petites averses au cours de la nuit, quelques aboiements de chiens inévitables à proximité des villages. On quitte Tanemalt par une sente puis par une route en construction poursuivie par un long chemin muletier sur une courbe de niveau. Espace sauvage à 1850 m d’altitude où pousse l’herbe Alfa. Elle pousse en touffes d’environ un mètre de haut. Ses fibres sont utilisées et recherchées pour la fabrication de pâte à papier qui donne un papier de haute qualité mais elles servent aussi à la fabrication de cordage. Ses graines germées peuvent être consommées par l’homme. Ses feuilles tressées sont utilisées à confectionner des paniers, des couffins, les jeunes feuilles quant à elles, servent de fourrage aux animaux tels les chevaux ou les chameaux, la plante est trop riche en “lignine” pour nourrir les autres herbivores (éléments trouvés sur internet). Elle est ou était utilisée par les locaux pour servir de rembourrage aux coussins (dixit Ahmed).

Une longue journée qui se termine par une large route non achevée au bord d’un oued où profitent palmiers dattiers et différentes cultures, luzerne, roses, amandiers. Ces nouveaux tracés qui succèdent aux chemins muletiers allant de lieu-dit à village est sont la conséquence de recherches minières en cours par la Chine, la France et l’Allemagne.
Les tentes sont installées mais pour peu de temps. Le Chef du village et le maire se présentent et nous interdisent le bivouac à cet emplacement soit disant parce que l’organisation n’a pas fait de demande écrite officielle. Pas de problème, un peu de débrouillardise et nous trouvons pour 600 dirhams une maison à louer à proximité. La pluie du soir et les averses de la nuit nous seront évitées. L’endroit est convivial et notre équipe travaille dans de meilleures conditions. Une jeune fille offre des roses à deux équipières.
D 27 km ; DR 6 h 40 ; DP 432 m ; DN 1149 m
Le 26 mars 2026. Après une fin de nuit marquée par le tonnerre, nous quittons le lieu vers 09 h 00 sous une pluie fine qui durera pendant quelques kilomètres. Nous marchons sous la cape ou veste, sursac sur le sac, entre cultures puis dans le lit d’un oued secondaire éphémère dans un environnement anormalement fleuri. Le vallon est large, les reliefs de part et d’autre s’abaissent progressivement puis s’ouvre brutalement sur un plateau immense où quelques mouvements de terrain érodés limitent l’horizon. Nous atteignons, le « reg » plateau caillouteux composé de petites roches. La pause de midi à Tafoufente se déroule à l’abri du soleil sous un tamaris à proximité de la seule construction, un puits de nomade où l’eau est à 2 mètres de la margelle. L’observation permet de découvrir de grosses et belles grenouilles. Comment sont-elles venues ? Des bulles remontent du fond…Fermentation des algues ? Les têtards se nourrissent de larves de moustiques et nous assistons au gobage d’un papillon par une grenouille. Nous reprenons en direction du Sud- Sud-Est. D’autres observations sont à venir, une fourmilière et à 2 mètres une termitière. Étonnant lorsque l’on sait que le premier prédateur des termites sont les fourmis ! Un scorpion traverse le chemin devant Marie Hélène, belle rencontre immortalisée par une photo.

Après 4 kilomètres, c’est la fin de journée, petite journée ! L’orage posté sur la montagne d’hier est maintenant juste au dessus de nous, le ciel est d’un noir impressionnant, et se déchaîne. Durant 2 heures, pluie et quelques grêlons. Le sol est vite détrempé et l’eau s’écoule entre les tentes vers les points bas où se forment des mares. Les muletiers ont construit à la hâte des rigoles…

Ce soir le bivouac est situé à Timghrarine, deux maisons et un jardin d’Eden où poussent palmiers dattiers, vignes, amandiers, oliviers, grenadiers et figuiers le tout arrosé au goutte à goutte, l’eau étant tiré du sol par des pompes alimentées par des panneaux photovoltaïques. Ahmed nous propose de dormir chez l’habitant de l’oasis, un berbère en fermage qui gère la propriété. Après contact avec son patron, nous nous installons dans une modeste pièce unique mais au sec. Une grosse activité électrique vers le Sud-Est dans un magnifique cumulonimbus.
D 15 km ; DR 3 h 40 ; DP 66 m ; DN 366 m
Le 27 mars 2026. Petite pluie au lever du jour qui va se prolonger une partie de la matinée, les hauteurs du massif du Sarhro sont accrochées par des nuages noirs. Le ciel est chargé dans toutes les directions, le plafond est bas. Inhabituel à cette époque de trouver une telle humidité sur le reg.. Nous passons quelques oueds peu larges, ni profonds où se trouvent de grandes flaques d’eau. Le sol sableux s’enfonce sous les pas des mules chargées. L’orientation est Sud. Après 11 kilomètres seulement, Ahmed nous précise que nous allons bivouaquer à la sortie du village de Wawegloute après les dernières maisons. Une route large et goudronnée est à proximité. Peu de circulation sur cet axe qui conduit à Tazzarine puis à Merzouga. Installés sous un bel acacia pour se protéger du soleil revenu, nous voyons passer sur ce long ruban asphalté des voyageurs à vélo. Un responsable administratif se présente pendant que nous pique-niquons pour nous signifier que l’on ne peut dormir sous des tentes à cet endroit.

L’histoire se répète… Depuis l’assassinat des suédoises sur le Toubkal, il y a quelques années, les bivouacs à proximité de maisons semblent interdits sur l’ensemble du pays. Nous avions déjà subi ce refus lors d’un trek à proximité de la vallée des Ait Bouguemez dans le Haut Atlas central. Après la visite d’une maison en fin de construction à proximité que le guide refuse, nous repartons en arrière sur plusieurs kilomètres et nous nous installons dans la cossue maison familiale du responsable administratif moyennant quelques dirhams. Il nous guide dans un jardin où poussent de nombreux arbres, similaires à la veille. L’orage arrive et nous nous réfugions dans ce vaste habitat…
D 11 km ; DR 3 h 10 ; DP 48 m ; DN 127 m
le 28 mars 2026. Nuit calme dans cette maison spacieuse. Nous traversons et longeons peu de temps la route peu passante qui mène à Tazzarine. Ahmed l’a empruntée hier soir avec le véhicule pour un ravitaillement à la ville. Avec l’orage, d’après ses dires, seules les voitures assez hautes pouvaient passer les ponts submergés par les pluies…La maison en construction que l’on nous proposait la veille est toujours là et le chantier n’a pas avancé. Un long vallon large où le fond de l’oued est encore humide. Les acacias ont bien bénéficié des pluies et neiges hivernales et de ce début de printemps. Les dromadaires nos nouveaux animaux de bât passent d’un pas léger entre les arbres. Le paysage est reposant et nous avançons à bonne allure entre 4,6 et 4,7 km/h, le matin et plus de 16 km avalés. L’équipe a changé hier soir et nous avons dit au revoir à nos 5 muletiers en les remerciant pour leur travail et les gratifiant d’un pourboire individuel apprécié. Nous avons gardé Adi, le cuisinier, un chamelier Ali, un aide cuisinier Assan et Ahmed (3) complète la team ! Compte tenu de la difficulté à trouver de l’eau pour boire et pour la cuisine, un 4×4 nous accompagne et aura pour fonction de nous ravitailler et de transporter une grande partie des bagages, les 3 dromadaires, 2 costauds et 1 jeune en apprentissage portant le reste, quelques sacs, les nattes, les matelas pour le pique nique. L’après-midi se fait en 2 heures avec une orientation Est. Au loin sur notre droite, une petite chaîne montagneuse parallèle à notre déplacement. Bientôt l’arrivée après avoir traversé une piste rectiligne goudronnée sur la partie centrale, une moto passe, le conducteur nous à disposition du passant. Le campement est adossé à nos premières dunes. L’endroit est idyllique sans un bruit avec de l’eau à quelques centaines de mètres ce qui permettra de faire une toilette complète.
Le village de Tarbalt (Taghbalte) se distingue au loin du haut de la dune de 30 m. Le dîner est pris en plein air sous une douce chaleur. Un passage d’hirondelles, rustique, de fenêtre accompagnées de martinets noirs se ravitaillent en survolant les acacias.
D 24 km ; DR 5 h 30 ; DP 56 m ; DN 216 m
Le 29 mars 2026. Encouragés par l’animateur, 9 des participants ont dormi à la belle étoile dans les sursacs à l’abri de la dune. La nuit a été très calme, une légère brise a soufflé d’Est et des nuages en milieu de nuit se sont rassemblés et apporté un peu d’humidité au petit matin. La température à cette altitude, 800 m environ est douce comparativement au bivouac à plus de 2000 m. Nous progressons dans un large vallon avec sur la droite une ligne rocheuse qui se couvre par endroit du sable venant du Sahara algérien. Nous perdons gentiment de l’altitude…A ce vallon succède un plateau pierreux où les points de repère, mouvements de terrain et acacias se voient de loin. Cap face au soleil puis légèrement Est-Nord-Est. Ce soir l’emplacement est moins sympa, on entend le bruit d’une machine qui fore à la recherche d’après Ahmed de cuivre et de fossiles. La journée a été dans l’ensemble plus chaude en plein soleil. Sur la fin du parcours, nous traversons une culture de cumin en fleurs, herbes rases bien vertes avec une multitude de petites fleurs qui seront bientôt graines avant les grosses chaleur et ramassées à la main. Le terrain relativement facile permet de suivre ou de précéder les dromadaires.

Le groupe conserve sa bonne humeur aidé par un cuisinier qui nous a préparé ce jour là pour le goûter, des beignets…
D 22 km ; DR 04 h 55 ; DP 96 m ; DN 158 m
le 30 mars 2026. Nuit agitée. Vers 01 h 00 du matin, un vent fort s’est mis à souffler, mettant à plat une tente Vaude. La tente mess est mise au sol. Au petit matin, nous déjeunons dans la tente cuisine, le vent réagit par rafales et chacun conte son aventure. L’orientation de la journée reste Est par moments Est-Nord-Est. Un voile sableux occupe l’atmosphère sans pour autant masquer les reliefs sur 360°. Après avoir franchi un vaste oued où l’humidité est encore présente, l’argile de surface se craquelle, se courbe sous l’effet du soleil et du vent. Nous attaquons une jolie partie de dunes bien formées. Les courants d’air construisent des crêtes effilées au sable mou et des cuvettes où nous glissons plaisamment.

Bientôt le pique-nique à l’abri d’une maison en pisé que nous partageons avec l’équipe. En ces lieux, tout est bon mais Adi ravit nos papilles un peu desséchées. Après le traditionnel thé à la menthe, nous ferons honneur à un plat de lentilles chaud suivi d’une salade variée avec une orange délicieuse récoltée à maturité, c’est la pleine saison. Nous profitons de cet arrêt pour distribuer quelques bonbons aux enfants des nomades et acheter quelques babioles fabriquées par les femmes. Ces nomades se sont sédentarisés et travaillent à l’entretien d’une grande propriété clôturée. Depuis, que nous avons atteint l’erg, nous pouvons observer plusieurs coléoptères, le scarabée noir et un cousin plus effilé avec de jolis points blancs sur sa carapace (non identifié). Les oiseaux occupent par moment le ciel, des hirondelles rustiques au-dessus des tamaris, un rapace de l’envergure d’un milan mais avec le dessous des ailes blanchâtres, peut-être une buse pattue ? La journée s’achève au rythme de chacun paisiblement…
D 23 km ; DR 5 h 30 ; DP 480 m ; DN 524 m
le 31 mars 2026. La nuit a été douce sous une pleine lune qui nous empêche de distinguer la voie lactée. On ne se pose plus de questions sur la direction à suivre, nous voyageons toujours plein Est, sable mou, sable dur, erg, hamada, trajet sans beaucoup de relief avec un dénivelé positif qui dépassera à peine 100 m en fin de journée. Le pique-nique est pris dans un abri ouvert construit avec la matière première trouvée sur place. Un marabout, petite construction aux formes caractéristiques à la mémoire d’un pieux musulman et vénéré comme un saint de son vivant ou après sa mort est à proximité de notre environnement ainsi qu’un cimetière de nomades.

Puis c’est un peu le retour à la civilisation, on voit passer de loin en loin des véhicules 4 x 4 et des motos, l’espace est vaste mais un fond sonore irrégulier s’installe, nouveau pour nous qui vivions dans le silence jour et nuit. A proximité de notre bâtisse de l’instant, un hôtel grand luxe et de nombreuses tentes prêtes à accueillir en avril, semble-t-il le tourisme mécanique et des coureurs à pied. Il nous faut repartir et franchir un oued bien en eau. Ali, le chamelier cherche un passage, nous le suivons de loin de loin. L’argile de surface est glissant et les chaussures se chargent d’une gangue de boue. Une moto s’enlise à mi-roues, l’aventure à tous les niveaux. Certaines quittent les chaussures d’autres les gardent mais tout le monde glisse dans la bonne humeur. Les dromadaires semblent apprécier modérément le passage ! Des pistes un peu partout du Nord au Sud de l’Ouest à l’Est, ça roule à droite et à gauche. De nouvelles tentes en nombre, blanches et noires sur une zone importante. Rien d’excitant pour moi ! Un cordon dunaire sera pour ce soir notre havre de paix où autour d’un bon thé à la menthe nous oublions le vrombissement des moteurs.
D 29 km ; DR 07 h 50 ; DP 104 m ; DN 101 m
Le 01 avril 2026. Pas d’humidité pendant la nuit, les sursacs sont secs. Ahmed nous annonce la dernière longue journée du trek. Nous quittons le bivouac vers 08 h 45 et l’air est déjà chaud. Le chamelier nous rattrape rapidement, poussé par le rythme régulier des dromadaires qui avancent quel que soit le terrain à 4,5 km/h. Un petit col à passer, sur la droite des véhicules en bivouac puis toujours orientés à l’Est un long passage mi-sableux, mi-caillouteux avec des acacias qui permettent de trouver de l’ombre aux arrêts. Des buggys et autres formes de 4 roues et 2 roues passent plus ou moins loin de nous et troublent le silence ; silence qui nous a accompagné pendant des jours. Bienvenue dans la civilisation ! Notre orientation, change brutalement, une mésentente entre le pilote du 4×4 et le guide sur le lieu du pique-nique nous fait faire un gros kilomètre Sud-Est pour prendre le déjeuner sous un maigre acacia. Après une pause et la récupération des dromadaires qui malgré une entrave arrive à s’éloigner du campement, la direction est de nouveau Est avec quelques variations en fonction du terrain. L’oued Driss large et puissant lorsqu’il est en eau, est traversé sans problème par un passage qui s’assèche progressivement.

Il devait être difficile à passer au moment des orages. Encore une belle journée qui s’achève par un bivouac protégé par de belles dunes de sable, un peu plus jaune que la veille. Un grand corbeau était encore présent dans la matinée. Seul, il semble nous suivre depuis plusieurs jours. Est-ce que cela est possible ?
Je profite de la fin de journée, pour évoquer nos précédents voyages dans cette zone, un peu plus au Nord de notre position. J’échange avec Ahmed sur la bataille de Bougafer en 1933 entre l’armée française et la tribu des Ait Atta lors de la campagne de pacification du sud marocain. A l’occasion du passage en 2008 sur le champ de bataille, j’avais trouvé le couvercle, bien conservé d’une boite de conserve en date du 04 février 1929 qui provenait d’une ration alimentaire de 300 grammes de bœuf assaisonné provenant d’un abattoir industriel de Chasseneuil du Poitou.
Ce soir tout est réuni, le silence est revenu, la dune est haute et magnifique et un puits pourra nous permettre de faire une grande toilette.
D 28 km ; DR 06 h 45 ; DP 207 m ; DN 208 m
Le 02 avril 2026. Pour celles qui dorment à la belle étoile, une brise marquée d’Est s’est levée pendant la nuit apportant une douce fraîcheur au niveau du visage. Après un vallonnement rocheux et un plateau caillouteux, nous traversons de longues mouvements de dunes d’un jaune brillant immaculé que personne n’a foulé peut-être depuis longtemps. Le décor est somptueux et presque infini. Bientôt nous sommes rattrapés par la civilisation. En bordure Sud de ce vaste erg, une piste en contrebas se dessine et bientôt le bruit des moteurs se fait entendre. Nous bifurquons vers un alignement d’hôtels. La fin du trek est proche et plutôt que de longer cette piste bruyante où circulent 4×4 et motos, je demande à Ahmed de nous trouver deux véhicules tout terrain pour nous amener jusqu’au goudron où le minibus nous attend. A la Kasbah Ouzina, nous trouvons ce que nous recherchons, et l’aide et l’accueil Marocain sont à l’honneur. En quelques minutes nous sommes installés dans des véhicules. Trente kilomètres nous séparent de Merzouga où un joli bivouac au pied des dunes est installé. Il est 17 h 30, l’aventure est finie, nous redevenons des touristes. Avant le repas du soir, l’inévitable coucher de soleil sur l’une des plus hautes dunes à deux pas notre emplacement.
D 23 km ; DR 6 h 00 ; DP 257 m ; DN 283 m
Le 03 avril 2026. Avant le petit déjeuner, nous passons une grosse heure à déambuler sur les crêtes des dunes comme un au revoir !
Une étape est prévue dans la vallée du Dadès où nous dormirons à l’hôtel du Château, ce qui nous permet de faire plusieurs haltes en cours de route sur la proposition de Ahmed. Le premier arrêt est au marché aux dattes à Arfour (Erfoud) où nous déambulons à travers les étals, goûtant et achetant, soit disant les meilleurs produits du Maroc ! Puis nous passons un excellent moment dans un atelier où sont mis en valeur les fossiles extraits dans les carrières voisines de l’Est du Sarhro. Plus surprenant, la visite d’anciens canaux souterrains qui servaient à conserver et à distribuer l’eau dans les parcelles cultivées en surface. Ces canaux légèrement en pente coupent la nappe phréatique ce qui permet l’écoulement de l’eau par gravité . En surface, on voit une succession de petits cratères qui permettent d’accéder au système d’irrigation pour le nettoyer et l’entretenir, l’ensemble est désigné au Maroc par chaîne de Khatteara.

Après un dernière pause à l’entrée de la vallée du Dadès pour les photos, nous arrivons au couchant à l’hôtel, accueillis par l’apéro berbère.
Le 04 avril 2026. Nous devons quitter la vallée avant 8 heures car la route va être fermée, le trail du Dadès se déroule ce jour. Le retour vers Boulmane Dadès se passe rapidement et la première pause a lieu à l’entrée de la vallée des roses pour acheter la fameuse « Eau de Rose » qui a fait la richesse de tout le secteur géographique. Peu de temps après, le long de la route nous pouvons voir des champs de la dite fleur. L’arrêt suivant est synonyme de douceur, dans un quartier de Ouarzazate, Ahmed, nous fait découvrir une pâtisserie marocaine et tout le monde craque ! Puis c’est le col de Tichka avec à gauche les lointains contreforts enneigés qui descendent du Toubkal, à droite, la longue ligne de crête d’une grande blancheur qui conduit au Mgoun. Que de neige cette année ! Reste à affronter les embouteillages de Marrakech et à trouver l’hôtel Oudayas qui a bien voulu nous recevoir pour une nuit. Un peu de rangement, une douche et nous voilà repartis chez Slimane, ami depuis prêt de 40 ans, patron de l’agence qui nous invite dans sa famille pour un repas d’au revoir. Beaucoup d’échanges et une certaine tristesse de se quitter. A bientôt pour de nouvelles aventures. Merci aux participants pour l’apport des nombreuses photos…
Le 05 avril 2026. Il est 7 heures, Ahmed (3) nous attend, le trajet vers l’aéroport de la Ménara se fait rapidement à cette heure de la journée. Par contre le vol aura 1 h 30 de retard suite à des soucis techniques de l’avion au départ de Lyon. Retour sur Clermont-Ferrand. Fin du séjour n° 2….
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